Page 3 - Fou De Cuisine.indb
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Édito
Un nouveau magazine, comme un manifeste.
De bons vivants.
Parce que c’est une révolution lente, de fond, sincère et émouvante, qui s’est amorcée depuis quelques années. Et à chaque révolution, il faut son manifeste.
Nous sommes qui : des foodistas ? des bobos ? des journalistes gastronomiques ? des voyageurs ? des gourmands passionnés ? Peut-être. Mais pas que non plus. Nus, dans le plus simple appareil, nous sommes tout simplement des fous de cuisine.
Fous d’une cuisine sincère, qui tire droit, qui se nourrit d’envies et de désirs de chefs. Fous d’une cuisine créative, qui invente, qui défriche, qui se renouvelle.
Fous d’une cuisine de produits mûrement choisis, de saison, issus de circuits courts, associés et transformés avec respect.
Fous d’une cuisine de femmes et d’hommes engagés, qui créent pour vivre, dans un élan, et donnent en partage.
Fous d’une cuisine qui nous fait nous sentir bien, vivants, humains. Presque amoureux. « L’accroissement des plaisirs gastronomiques renvoie aussi à une jouissance du raf- finement. Et la jouissance est un luxe, au sens noble du terme, qui a une dimension rare, privilégiée, précieuse. Profiter d’un vin remarquable, d’un mets délicieux, d’une bonne table, donne le plaisir de se sentir raffiné. Pour moi, c’est même le comble de l’humanité, car seuls les êtres humains peuvent savourer un bon repas », dit la phi- losophe Adèle Van Reeth.
Alors si nous sommes fous, nous sommes aussi des femmes et des hommes en vie, qui mangeons avec plaisir, et cela nous fait sentir plus humains encore. Qui n’a pas fait l’expérience de la grâce d’un bon repas entre amis et de la joie que cela procure ? Michel Onfray dit que pour certains, « manger, c’est l’occasion d’inventer des micro- sociétés hédonistes à répétition ». Se sentir humains, ensemble et vivants, n’est-ce pas le meilleur rempart à l’angoisse, la solitude, l’ennui ?
NoN, la cuisiNe fraNçaise N’est pas morte.
Parcourez les 122 pages de ce magazine et vous verrez à quel point la cuisine fran- çaise d’aujourd’hui est créative, hors cadre, sans barrières, décomplexée, ouverte sur le monde, gourmande, joyeuse, virevoltante, incarnée et engagée.
Parce que les chefs ont changé et qu’on change avec eux. On découvre, on apprend à goûter, à aimer (ou pas), on voyage, on partage. Les réseaux sociaux ont redistribué les cartes ; on est au courant de tout ce qui se fait, partout, à travers le monde, on peut obtenir (presque) tous les produits que l’on veut ; il y a un flux d’échanges incroyable qui n’existait pas avant.
On est curieux des bons produits, des idées qui les subliment, des saveurs vraies, des chefs généreux qui aiment et partagent, des tables où il fait bon manger, des lieux où on fait maison... On aime les chefs derrière les assiettes, les hommes et les femmes derrière les chefs, les potagers derrière les cuisines, les viticulteurs derrière le raisin, et que la quête de tout ça, finalement, c’est la quête du bien-être, de la qua- lité au prix juste, du plaisir qu’on partage. De nos humanités.
Pour toutes ces bonnes raisons, on a créé FOU DE CUISINE, le cousin salé de FOU DE PÂTISSERIE, qui avait déjà fait sa part du travail côté sucré.
Un nouveau magazine, comme un manifeste. De bons vivants.
Par Muriel Tallandier
© Valéry Guédes
stylisme : Marlène dispoto
d’après une recette
de Franck Baranger, chef du restaurant Caillebotte (Paris)
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septembre-octobre 2015


































































































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